Friday, August 17, 2018

21 - Bujumbura

Quelqu’un qui ne s’intéresserait qu’aux endroits où je loge depuis quelque temps pourrait en déduire que je ne fais pas le tour des Grands Lacs, mais celui des établissements religieux.

Cette fois, ce ne sont pas des catholiques qui m’ont hébergé, mais des anglicans. C’est pratiquement la même chose, et pour avoir assisté à des messes chez les uns et chez les autres, moi qui ne suis pas un expert, je n’y ai vu que du feu. Façon de parler.

Il existe quand même une différence de taille. Les prêtres anglicans (parmi lesquelles des femmes depuis quelques années) peuvent se marier. Les prêtres catholiques ne le peuvent toujours pas. Mais bon, certains prêtres compensent de façon peu morale cette abstinence. Actuellement, le pape ne cesse d’ailleurs de s’excuser de ces comportements peu orthodoxes… sans se dissocier des coupables. Les anglicans ont de la chance. Ils n’ont pas de pape. Façon de parler.

Église Grec-Orthodoxe 
Donc j’ai logé dans un établissement géré par l’Église anglicane, établissement coincé entre l’ambassade de France, face à l’entrée, et le palais présidentiel, juste à l’arrière. La fenêtre de ma chambre donne directement sur la grille de la cour du palais où stationnent deux vieilles automitrailleuses recouvertes de bâches, où sèchent des habits militaires et civils étendus sur des cordes à linge et où trainent des jouets d’enfants dispersés de-ci de-là.

J’ai quand même l’impression d’être très bien protégé (avec en outre une église Grec-Orthodoxe à côté), sauf en cas de coup d’État, coups d’État qui se déroulent quand même ici assez régulièrement. Je fais néanmoins le pari que dans un pays majoritairement chrétien, il existe peu de chance qu’un coup d’État puisse se tenir dans les jours entourant l’Assomption ; ce qui me laisse suffisamment de temps pour traverser le pays. Si coup d’État il y a, il risque fort de pas être béni. Façon de parler.

« Buja », comme on la surnomme, est en total contraste avec Kigali, la capitale très propre et très ordonnée du Rwanda. La capitale du Burundi est semblable à plusieurs autres en Afrique avec son insalubrité, sa circulation anarchique et bruyante, sa pollution, sa poussière, sa pauvreté, ses mendiants et ses voleurs. Ne parlons pas des routes.

Bien que les conflits fréquents aient fermé les portes du pays au tourisme, les habitants de Buja sont néanmoins tout aussi accueillants et sociables que ceux de Kigali. Ils sont ouverts aux visiteurs, et sur les visages intrigués par la présence étrangère inattendue se dessinent la plupart du temps de larges sourires qui sont autant d’invitations à discuter et à se familiariser avec la culture locale.

Les Burundais en général et les habitants de Buja en particulier aiment faire la fête. C’est sans doute un héritage francophone qu’ils partagent avec leurs voisins congolais et autres francophones africains. La nourriture est également une différence majeure avec ce que l’on trouve en Afrique anglophone. Elle est plus variée (comme au Rwanda) et l’influence française n’y est certainement pas étrangère.

Beaucoup d’étrangers de pays voisins viennent à Buja pour s’encanailler. Les mademoiselles sont nombreuses dans les boîtes du boulevard de l’Uprona, tout prêt de l’endroit où je réside. Je ne sais d’ailleurs pas comment certaines d’entre elles ont obtenu mon numéro de téléphone, mais j’ai été sollicité à deux ou trois reprises pour venir chez elles admirer leurs collections de papillons. Façon de parler.

J’ai encore dû patienter pour un visa. Cette fois pour celui de la Tanzanie que j’ai dû renouveler. Mais ce fut moins long. Je suis arrivé à l’ambassade à 8 h 30. J’étais seul ce matin-là. Et j’en suis ressorti à 13 h 30. Il parait que le fonctionnaire chargé de cette besogne était en rendez-vous. J’ai ma petite idée sur la nature du rendez-vous. En Afrique francophone, on appelle ça un « deuxième bureau ». Façon de parler.

Hôtlel Club du Lac Tanganyika
À part perdre mon temps à l’ambassade de Tanzanie, j’ai longuement marché dans la ville et je suis allé à deux reprises me relaxer à l’heure du déjeuner dans des hôtels de luxe. Ils sont tous installés au bord de la plage au nord de la ville. Cette plage magnifique, longue de plusieurs kilomètres, est le lieu privilégié des habitants de Buja pendant les fins de semaine. Elle est totalement déserte les autres jours de la semaine.

Dans le dernier hôtel où j’ai déjeuné, j’ai eu la désagréable surprise de voir surgir devant moi un énorme gorille en tenue sombre et lunettes noires, une oreillette collée à une oreille, un talkie-walkie dans une main et l’autre enfuie à l’intérieur du veston. Après m’avoir fixé intensément, il a poursuivi son chemin vers le jardin. En me retournant, j’ai alors vu un groupe d’hommes en complet noir, certains avec des mallettes à la main, se diriger dans la même direction. Les conseillers et gardes du corps marchaient serrés et entouraient de près le président.

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