La raison principale pour laquelle cette
ville mérite un détour touristique, c’est pour y visiter la source du Nil,
c’est du moins ce que prétendent les guides de voyages appuyés dans cette
revendication par la ville de Jinja qui tire une bonne partie de ces recettes par
l’apport des visiteurs étrangers.
Les experts sont moins unanimes. Depuis la
prétendue découverte de cette source, en 1858, par l’explorateur britannique
Speke, la controverse n’a cessé d’exister et d’autres endroits, au Rwanda et au
Burundi, revendiquent également le privilège de détenir la véritable « source ».
En fait, il est maintenant certain que plusieurs sources alimentent le lac
Victoria depuis lequel le Nil Blanc s’écoule jusqu’à Khartoum pour se joindre
au Nil Bleu et poursuivre sa course jusqu’à la Méditerranée et ainsi devenir le
plus long fleuve du monde avec l’Amazone.
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| Gare de Jinja |
En ce qui me concerne, ça me permettait de
faire une pause et d’éviter de passer une journée dans un bus pour arriver à
Kampala au milieu de la nuit après avoir traversé la frontière qui sépare le
Kenya de l’Ouganda. Malgré tout, la paperasserie douanière et les procédures
sécuritaires devenues très pointilleuses dans cette partie de l’Afrique m’ont quand
même amené à Jinja à la nuit tombée. Heureusement, je savais où aller et je
n’ai pas eu à me promener en pleine noirceur avec deux sacs à dos (un petit devant
et un gros derrière) dans une ville inconnue à la recherche d’un hôtel.
La révolution informatique n’a jamais rendu
les voyages aussi faciles. Je dispose ainsi d’une application géniale dans mon
téléphone. Cette carte géographique, que je peux consulter hors ligne, me
permet de savoir à tout moment où je suis et comment me diriger. Il n’est donc
plus nécessaire de me procurer des plans de pays ou de villes difficiles à
trouver et à comprendre la plupart du temps.
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| Ancien bâtiment colonial |
En outre, l’application de la plateforme
communautaire de location de logements de particuliers Airbnb facilite le choix
et la réservation d’hébergements de bien meilleures qualités que beaucoup d’hôtels
qu’il me fallait autrefois chercher pendant des heures. J’ai de plus la
possibilité de savoir ce que d’autres voyageurs ont pensé de ces hébergements
et de procéder par élimination.
L’endroit où j’ai résidé pendant mon séjour à
Jinja n’avait pas encore été évalué. Les propriétaires étaient inscrits depuis quelques
semaines sur Airbnb et j’étais leur premier locataire. Mon appréciation du
séjour pouvait être déterminante pour la suite de leur aventure de loueurs.
J’ai donc été traité aux petits oignons.
Edward, le propriétaire, est pasteur (de je
ne sais quelle église) et sa femme Eddie s’ennuie toute la journée à la maison
à ne savoir que faire. C’est donc Eddie qui sera amené à gérer cette nouvelle
activité lucrative après cette première expérience. Le couple dispose d’autant
d’employés de maison que de pièces dans cette grande demeure. Et la demeure est
immense. Le terrain alentour tout autant. J’ai pu ainsi bénéficier d’une
chambre avec salle de bains et toilettes privés. Ils sont même allés bien
au-delà de leur rôle de logeur en revêtant celui de restaurateur et en
m’offrant, en plus du petit déjeuner compris dans le prix de la chambre, le
déjeuner et le dîner. Et cerise sur le gâteau, comme je devais faire un
aller-retour jusqu’à Kampala distant d’au moins deux heures pour des histoires
de visas, Edward m’a proposé de m’y emmener. Le séjour fut donc très agréable.
La ville de Jinja en elle-même n’est pas
désagréable. Située dans un cadre verdoyant, elle dispose d’une architecture
coloniale en voie de restauration. C’est aussi la capitale de l’Afrique de
l’Est des émotions fortes et des poussées d’adrénaline à bon marché. Ici tout
peut être réalisé : saut à l’élastique, rafting, kayak, quad, ski nautique
et autres activités d’aventure.
Personnellement, je me suis contenté de marcher
à travers cette ville, marche qui m’a conduit jusqu’à la vieille gare qui
n’accueille plus de passagers. Le chef de gare, qui s’ennuie autant qu’Eddie et
ne voit plus passer que trois trains de marchandises par jour, a été tout
heureux de pouvoir briser son ennui et de me raconter l’histoire du chemin de
fer ougandais depuis sa création. C’est long.
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| Source du Nil |
Ah oui ! La source du Nil. Bof. Après être
descendu jusqu’à l’embarcadère et avoir été informé du prix de la balade en
bateau pour visiter l’endroit, j’y ai renoncé. J’étais en train de remonter sur
la berge quand le vendeur m’a demandé combien je voulais payer. J’ai divisé le
prix par dix. Le non initial s’est finalement transformé en oui après qu’il se
soit aperçu que je n’étais pas vraiment intéressé. Un shilling de gagné, même
ougandais, est un shilling de gagné. Ça ne valait pas davantage.
Même Gandhi est venu ici. Parait-il. Mais
s’il n’y est pas venu de son vivant, une statue proche de l’embarcadère indique
que ces cendres ont été dispersées à cet endroit. Bon, c’est la même prétention
que pour la source du Nil. Plusieurs endroits à travers le monde revendiquent ce
même privilège de détenir les cendres de l’apôtre de la non-violence.
Parlant de non-violence, en me redirigeant
vers le centre-ville, j’ai aperçu un énorme attroupement vers lequel je me suis
dirigé. Un voleur venait d’être pris en flagrant délit d’un larcin de 25 000 shillings
(moins de cinq euros) et gisait mort au milieu de la rue. J’ai demandé si
c’était la victime du larcin qui l’avait tué. « No, m’a répondu mon voisin, it’s mob’s
justice ». La justice populaire. Il avait été lynché par la foule.