Dar es-Salaam (« La Maison de la Paix » en arabe) est plus
communément appelée « Dar » par les locaux et les habitués de cette ville. Avec près de cinq millions d’habitants,
c’est la plus grande ville de Tanzanie et la capitale économique du pays, mais Dodoma,
située au centre, en est la capitale politique. Dar est aussi le plus
grand port de la côte de l’Afrique de l’Est et a supplanté Mombassa depuis de
nombreuses années.
Je l’oublie souvent, mais la première
chose qui frappe en arrivant pendant la saison sèche dans ces villes écrasées
par le soleil et qui bordent des déserts ou des savanes, c’est la poussière. Dès
la sortie de l’avion, elle vous enveloppe chargée d’odeurs d’épices séchées et de
puanteurs d’égouts à ciel ouvert.
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| Arrivée sur Dar es-Salaam |
J’ai obtenu un visa bon pour trois mois à
mon arrivée à l’aéroport. C’est juste le temps que devrait durer ce voyage…
Inch Allah. Puisqu’il est question d’Allah, Rajabu, le chauffeur de taxi qui m’attendait
en tenant une pancarte avec mon nom inscrit dessus, était justement musulman et
tout souriant ; pas de me voir, mais plutôt de célébrer la fin du ramadan. Toute
la ville, très majoritairement musulmane comme toutes les grandes villes de la
côte, était dans le même état festif et le laissait paraître bruyamment.
C’est Elaine, la propriétaire de la maison
où je suis descendu pour la durée de mon séjour, qui m’avait envoyé ce taxi. Elaine
est Irlandaise et, comme la majorité des Irlandaises, blonde, les yeux bleus et
un visage parsemé de quelques taches de rousseur. En plus d’être Irlandaise, elle
est mère de deux filles âgées de huit et dix ans et travaille pour une ONG
locale. À l’origine, elle était venue pour deux ans. Mais le sort en a décidé
autrement. Le sort était Zimbabwéen et beau gosse. Elle l’a épousé. Il lui a fait
ces deux magnifiques petites métisses. Et puis il est parti s’établir au Cap. Mais
avant de partir, et en plus des deux filles, ils ont construit ensemble cette
maison de style zanzibarien. Vieille de dix ans, elle commence sérieusement à
se fissurer. Le toit, en feuilles de palme, est percé en plusieurs endroits et
laisse apparaître le ciel le jour et les étoiles la nuit. Je ne recommanderais
pas l’endroit pendant la saison des pluies. Mais c’est le genre d’endroit où je
ne me déplais nullement.
Comme la plupart des employés d’ONG, Elaine
vit assez chichement dans cette grande bâtisse au confort plus que modeste, à l’ameublement
plus que rudimentaire, à la déco plus qu’inexistante et à un environnement extérieur
plus que désertique. Elle arrondit ces fins de mois en louant deux des chambres
du bas à des touristes comme moi par l’entremise d’Airbnb. Mais la compétition sur
cette plateforme de location devient de plus en plus féroce et les
choix très nombreux. Situé au-delà de Kigamboni de l’autre côté du large
estuaire du Msimbazi, les visiteurs se font de plus en plus rares et le beurre
pour les épinards aussi.
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| Estuaire du Msimbazi |
Elle doit tous les deux ans renouveler son
permis de séjour et ne sait jamais si elle l’obtiendra de nouveau. Elle prévoit
rester encore deux ans et retourner en Europe pour donner une éducation
adéquate à ses filles et leur assurer un avenir plus radieux.
Le lendemain de mon arrivée tombait un
dimanche. Et comme tout bon catholique, je suis donc allé à la messe. En fait,
ce fut un hasard. Je savais à l’avance que la ville serait déserte, mais c’était
justement l’occasion de s’y promener sans être harcelé par des vendeurs d’arnaques.
J’ai pris un mini taxi-brousse pour me
rendre jusqu’à l’embarcadère et prendre un ferry pour rejoindre le centre-ville.
Le voyage a failli être fortement compromis. Au moment de débarquer, le capitaine
aidé par un employé m’a saisi par le bras et entrainé dans le poste de
pilotage.
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| La photo compromettante |
« No photo! No photo! » J’avais eu la
malencontreuse idée de pendre une photo de la foule débarquant du ferry. J’ai
bien tenté d’expliquer que je n’étais pas au courant et qu’aucun signe n’indiquait
que c’était interdit, je savais d’avance que c’était inutile et j’attendais la
suite. Après avoir discuté longuement en swahili avec son employé, ce dernier,
qui parlait un peu anglais, m’a dit que j’allais devoir payer une amende. J’ai
dit que si c’était la loi, j’avais bien l’intention de la respecter et de m’acquitter
de l’amende.
Nouvelle traduction en sens inverse.
Retour en anglais avec le montant du bakchich. J’ai dit que j’acceptais, et qu’il
ne nous restait plus qu’à nous rendre au poste de police où je réglerais le montant
en échange d’un reçu. Traduction en swahili. Regard goguenard du capitaine dans
ma direction qui m’a finalement dit dans un anglais un peu hésitant : « OK !
You can go my friend ». J’avais un nouvel ami.
Quelques minutes plus tard, je suis passé
devant la cathédrale Saint-Joseph au moment où la messe commençait et que la pluie
se mettait à tomber. L’occasion faisant le larron, je suis donc entré me mettre
à l’abri et assister à un office chrétien en terre d’islam. La messe était en
anglais, et les nombreux fidèles sur leur trente-et-un. J’ai entraperçu trois
ou quatre visages à la peau claire, mais l’assistance était entièrement africaine.
C’est toujours très émouvant d’assister à ce genre de célébration dans des pays
étrangers. La ferveur religieuse y semble plus intense et les chants plus
touchants.
J’ai tellement été séduit par cette messe
que j’ai décidé d’y retourner deux jours plus tard juste avant de prendre le
ferry pour Zanzibar. J’avais presque deux heures à attendre et l’office, cette
fois-ci en swahili, venait de commencer dans cette cathédrale située en face de l’embarcadère.
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| Centre-ville |
La visite de la ville n’est pas
particulièrement intéressante. Le modernisme des tours à bureaux côtoie
quelques restes de vieilles bâtisses coloniales. Les larges avenues ont été
dessinées et construites pendant la période socialiste du pays et ressemble à tout
ce qui s’est beaucoup fait à l’époque dans l’hémisphère sud. Très peu de
verdure. Un pont moderne, ouvert en 2016 et construit par les Chinois, enjambe
l’estuaire au sud du port et permet de dégorger une partie de l’affluence de la
traversée par ferry. Ne restaient que les musées pour satisfaire ma curiosité.
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| Bâtiment colonial |
J’ai choisi le Musée national de Dar es-Salaam
malgré les critiques assez négatives dont il est l’objet sur des guides, forums
et réseaux sociaux. Je n’ai pas été déçu. Évidemment, comme partout ailleurs,
et plus encore dans des pays comme celui-ci, la culture est toujours le parent
pauvre des investissements. Les infrastructures y sont inexistantes ou très
souvent laissées à l’abandon après avoir été construites par des pays frères ou
amis. C’est le cas de ce musée un
peu vieillot avec plusieurs salles laissées désertes. Le musée se concentre sur
l’histoire de cette partie de l’Afrique avec une section sur l’art rupestre
africain que j’ai trouvé très enrichissante et fort bien présentée et dont je n’avais
encore jamais vu d’exemples.
J’allais
oublier les plages. La plus proche, et une des plus réputées de Dar et de ses
environs, se situe à moins d’un kilomètre de chez Elaine. J’y suis allé la
veille de mon départ. Elle s’étale sur des kilomètres. C’est étrange de voir à
quel point les plages se ressemblent, avec un petit bémol toutefois pour des destinations comme Maurice où
des employés doivent très certainement passer l’aspirateur pendant la nuit. Pas
un grand de sable ne dépasse. Ce n’est pas le cas ici. Les égouts s’y déversent et les déchets s’y
accumulent.
