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| Rivière Ruzizi et lac Kivu en arière-plan |
Tout comme Gisenyi, où je suis récemment
passé, Cyangugu est une ville frontière située au bord du lac Kivu. Et si
Gisenyi, au nord du lac, fait corps avec Goma, sa voisine congolaise, Cyangugu,
au sud, est quant à elle dans le prolongement de la ville congolaise de Bukavu.
Cependant, ces deux villes sont ici séparées par la rivière Ruzizi. Cette
rivière, qui relie le lac Kivu au lac Tanganyika sur une distance de 117 km,
forme la frontière naturelle entre le Congo d’une part, et le Rwanda et le
Burundi d’autre part ; une frontière naturelle de lacs et de rivières que je
m’efforce de suivre jusqu’au sud de la Tanzanie.
J’ai bien failli ne pas passer par cette
ville. Pour suivre l’itinéraire le long de ces voies d’eau, il me faut passer
par le Burundi. Il y a deux mois, au lendemain de mon arrivée en Tanzanie, j’ai
fait les premières démarches auprès de l’ambassade de ce pays pour obtenir un
visa. Comme il faut attendre au moins deux semaines, il m’a alors été conseillé
d’effectuer ma demande à Kampala et de récupérer le visa en arrivant à Kigali.
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| La ville de Goma est sur la rive opposée |
Le jour suivant mon arrivée au Rwanda, je
suis donc passé à l’ambassade. Pour rien. La demande aurait, parait-il, été
perdue entre Kampala et Bujumbura. Nouvelle demande qui, compte tenu de la
première, devait être traitée en mois d’une semaine. Nouvelle attente. Et
toujours rien après sept jours.
J’ai donc décidé de continuer mon voyage
et de faire un aller-retour de la dernière chance depuis Kibuye où je devais
passer avant de me diriger vers le Burundi. Sans ce visa, je n’aurais alors
d’autre choix que de faire un énorme détour de plusieurs jours par la Tanzanie
pour rejoindre le lac Tanganyika plus au sud.
En arrivant à Kibuye quelques jours plus
tard, j’ai fait le déplacement en bus de plus de quatre heures jusqu’à Kigali.
Et là encore un déplacement pour rien. Le visa n’était toujours pas arrivé.
C’était un jeudi. La réceptionniste m’a proposé de revenir le lendemain.
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| Friture d'isambaza |
Je suis retourné passer la nuit chez le
gars qui m’avait déjà logé à Kigali le mois précédent. En soirée, n’espérant
plus trop obtenir ce visa, j’ai commencé à faire de nouveaux plans afin de
modifier mon itinéraire. Mais alors que je prenais mon petit déjeuner le
lendemain matin, j’ai reçu un appel de l’ambassade pour me dire que le visa
était prêt.
J’étais donc juste de passage dans cette
ville de Cyangugu en direction du Burundi. Les paysages montagneux le long de
la route qui longe le lac Kivu sont tout aussi magnifiques que dans le reste du
pays. Ici aussi, une odeur d’eucalyptus flotte sur les montagnes et donne
l’illusion d’un air de fraicheur pendant la saison sèche.
Depuis déjà plusieurs années, le Rwanda
procède à de vastes campagnes de reboisement pour tenter d’éradiquer l’érosion
des sols qui résulte de la surutilisation des terres cultivables. L’eucalyptus
a été choisi avec quelques autres espèces. Dans ce pays, parmi un des plus densément
peuplés de la planète, l’érosion des sols est un des principaux problèmes
auquel le pays doit faire face.
Le système de culture en terrasses est ici
assez anarchique, et, contrairement à ce que l’on retrouve en Asie, un manque
de coordination de la gestion d’un système d’irrigation des terres cultivables
a pour effet d’entrainer pendant la saison des pluies les terres arables dans
les vallées.
J’ai logé juste en face du pont qui sépare
les deux villes dans une petite pension gérée par les Sœurs pénitentes. C’est
un endroit calme et les sœurs veillent de près à la réputation de leur
établissement. Le livre d’or fourmille d’ailleurs de commentaires élogieux sur
cette pension.
Le peu de temps où je suis resté à surtout
consisté à trouver un moyen de transport pour rallier directement Bujumbura, la
capitale du Burundi. En me promenant du côté du vieux pont qui sépare le Rwanda
du Congo, j’ai été abordé par un officier de l’immigration en civil. Je pense
qu’il voulait surtout savoir ce que je faisais là. Les touristes sont peu
nombreux par ici. Après les questions innocentes et habituelles sur ma
nationalité, ma femme et mes enfants, il a fini par me demander qui j’étais,
d’où je venais et où je comptais aller. Après l’avoir renseigné et rassuré sur
mes intentions pacifiques, il m’a proposé de m’aider et de repasser le voir le
lendemain.
Entre temps, les sœurs mises au courant de
mon projet ont également entrepris de m’aider. Quelques heures plus tard, un
homme s’est présenté et m’a promis que quelqu’un passerait me prendre le
lendemain matin à 8 h 30 dans un taxi collectif venant de Bukavu pour me
conduite directement jusqu’à Bunjumbura.
C’est la route qu’emprunte habituellement
les Congolais pour aller de Goma et de Bukavu jusqu’à Bujumbura. Les échanges
sont intenses entre ces trois grandes villes. Mais les voyageurs préfèrent
passer par le Rwanda (où les routes sont en bon état et surveillées par la
police et l’armée) que par le Congo où, faute de routes, il n’existe que des
pistes. En outre, la sécurité est totalement inexistante du côté congolais. Les
voyageurs se font régulièrement rançonner par des policiers ou des militaires
chargés de les protéger ou sont volés (et parfois assassinés) par des groupes
armés.
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| Le pont frontière entre le Rwanda et la RDC |
Le lendemain matin, après deux heures
d’attente, le taxi n’était toujours pas arrivé. Désespérée, une des sœurs
passait coup de fil sur coup de fil, mais je voyais bien à son air découragé
qu’il y avait peu d’espoir de voir ce taxi arrivé un jour. Je lui ai dit de
laisser tomber. J’ai pris mes bagages et me suis dirigé vers le poste
d’immigration. J’ai demandé à parler à ce fonctionnaire que j’avais rencontré
la veille.
À midi, un taxi en provenance du Congo est
passé sur le pont et s’est arrêté devant moi. Le chauffeur a mis mes bagages
dans le coffre. Quelques minutes plus tard, d’autres voyageurs qui avaient
traversé à pied nous on rejoint et, roulez jeunesse, nous sommes partis en
direction du Burundi.





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