Saturday, September 15, 2018

28 - Dar / Champagne


C’est ici que ce voyage de trois mois en Afrique de l’Est a commencé et c’est ici qu’il se termine.

Mon arrivée à Dar remonte à une semaine, mais entre-temps j’ai effectué un safari dans le Selous.

Je n’ai rien fait de particulier pendant ces derniers jours dans la capitale tanzanienne. Il y fait trop chaud. L’humidité est écrasante. La pollution est suffocante. La circulation est bruyante. La foule est étourdissante.

J’aurais pu retourner loger chez Elaine qui m’avait accueilli au mois de juin. C’est à l’écart de la ville, mais je souhaitais un peu plus de confort (avec eau chaude) pour terminer ce voyage. J’ai opté pour un hôtel moyen du centre-ville depuis lequel je peux facilement rejoindre l’aéroport.

J’ai néanmoins été me rassasier à l’hôtel Serena, l’hôtel le plus luxueux de Dar, où chaque dimanche est servi un célèbre brunch au Champagne. Je m’étais promis de ne pas le manquer. Pour être certain d’obtenir une table, je me suis présenté vers 10 h et je suis ressorti à 15 h. J’ai beaucoup relaxé sur la terrasse avec une vue magnifique sur le jardin. Et j’ai surtout bien mangé et bien bu. Merci petit Jésus.

Ci-dessous la carte de ce voyage de plus de 8 000 km en bus, en minibus, en 4x4, en tuk-tuk, en mototaxi, en avion de brousse, en bateau, en pirogue et à pied.



Thursday, September 13, 2018

27 - Le Selous / safari


Située au sud-est de la Tanzanie, la réserve du Selous est classée au patrimoine mondial par l’UNESCO. D’une superficie de 55 000 km², c’est la plus vaste zone protégée d’Afrique. Seule la partie nord de la réserve est ouverte aux safaris. Les 4/5e du territoire au sud sont des réserves de chasse.

Au début de ce voyage, j’avais hésité entre visiter cette réserve ou celle du Serengeti. Le Selous est beaucoup moins connu et fréquenté que le Serengeti. C’est pourquoi j’ai choisi le premier. Le safari était d’une durée de trois jours avec un départ depuis Dar es Salam. J’ai effectué ce safari en compagnie d’une Bruxelloise qui passe ces vacances annuelles à faire le tour des parcs africains.

La réserve est traversée d’ouest en est par la rivière Rufiji qui alimente un réseau de canaux, de lacs et de marécages. Selous comporte également une grande variété de paysages et d’environnements comme la savane arbustive, la plaine herbeuse, les forêts claires et les massifs montagneux.

Un safari dans cette réserve offre l’occasion de faire des safaris en bateau sur les lacs et sur la rivière Rufiji. C’était au programme de la première journée. Selous permet également d’effectuer des safaris à pied. Escorté par un ranger armé et accompagné d’un guide local, les touristes sont initiés au pistage en brousse, à la recherche et à l’identification des traces de passage d’animaux. C’est ce qui fut effectué le dernier jour.

La seconde journée à consister à parcourir la réserve en 4x4 à la rencontre de buffles, de girafes, de lions, d’hippopotames et d’éléphants. Les éléphants ont beaucoup souffert du braconnage ces dernières années. De 110 000 qu’ils étaient au milieu des années soixante-dix, ils ne sont plus aujourd’hui qu’un peu plus de 10 000. Leur population dans le Selous reste néanmoins la plus importante d’Afrique.





















À la recherche de termites




Friday, September 7, 2018

26 - Morogoro


Ville moyenne située à une demi-journée de Dar es-Salaam sur l’ancienne route des esclaves, Morogoro constitue une étape importante en direction de l’ouest. Dotée de quelques vieux bâtiments coloniaux, la ville se trouve aux pieds des monts Uluguru et constitue un point de départ pour des randonnées dans ces montagnes qui se distinguent par leurs forêts anciennes abritant une incroyable diversité d’oiseaux et d’insectes, ainsi que plusieurs espèces végétales.

Je ne suis pas allé randonner. Ce n’est pas l’envie qui m’en manquait, mais des agressions récentes de touristes dans ces montagnes ont refroidi cette envie. Inutile de prendre des risques à quelques jours de la fin de ce voyage.

Plus on se rapproche de la côte et plus la présence de la religion musulmane est importante. Néanmoins, j’ai de nouveau séjourné dans une pension tenue par des religieuses. À cette occasion, une rencontre pour le moins étonnante m’est revenue à l’esprit. C’était à Kigoma à la veille d’embarquer à bord du MV Liemba.

Je déjeunais dans un bouiboui tenu par une femme, une gargote en bois de trois mètres sur trois avec deux tables et cinq chaises en plastique à l’extérieur. Cette femme était venue s’assoir à ma table pour me poser les questions habituelles avant que son mari ne nous rejoigne.

Pension des sœurs de Mgolole
Ishan était né dans une famille musulmane assez aisée et pas très pratiquante. Avec un père avocat et une mère femme d’affaires, il avait été formaté pour cheminer dans les traces de son père et devenir avocat ou magistrat. Très à l’aise en paroles, il en avait les capacités. Et puis un jour il avait rencontré Jésus. Enfin, pas Jésus en personne, mais une missionnaire américaine qui se faisait appeler Mama Arusha et que j’avais d’ailleurs rencontrée deux jours plus tôt. Elle m’avait longuement parlé de sa mission.

Hope of the Nations, l’organisme dont elle s’occupait sur place avec son mari pasteur, était une ONG protestante spécialisée dans l’éducation. Mais, comme il était mentionné sur le site en ligne, ce n’était pas seulement l’éducation qu’il fallait dispersée, car parmi les personnes les plus corrompues, beaucoup étaient instruites. La seule façon de donner de l’espoir aux gens, était-il encore écrit sur le site, c’était d’apporter des changements dans l’ensemble d’un pays à travers la connaissance de Jésus et la parole de Dieu..

Cet organisme était très impliqué dans la région de Kigoma où il avait ouvert une école primaire et un centre de formation d’une très bonne réputation. Quand j’avais demandé à cette missionnaire si tout le monde, quelque soit sa religion, pouvait s’inscrire, elle m’avait répondu que oui, mais que les parents étaient avertis qu’une bonne partie des cours seraient consacrés à la parole de Jésus. C’était clair.

Ishan avait rencontré Mama Arusha par hasard. Ça remontait à une dizaine d’années. Curieux de nature, il avait été séduit par le discours. Elle lui avait donné une bible et l’avait incité à venir à l’église pour approfondir sa curiosité. Il ne s’était pas fait prier très longtemps.

À l’époque, il travaillait pendant l’été dans un hôtel de la région pour se faire un peu d’argent de poche. L’hôtel était tenu par une famille musulmane avec du personnel musulman. Un jour, il avait été surpris dans une chambre en pleine lecture de la bible. Il avait été renvoyé sur-le-champ.

Lorsque son père a été mis au courant, il l’a menacé de lui couper les vivres dès qu’il serait de retour à l’université. La plupart de ses amis lui ont également reproché ses fréquentations récentes. Mais l’adversité des uns et l’incompréhension des autres ont renforcé sa détermination et l’ont convaincu de poursuivre son cheminement. Il a approfondi son étude de la bible et suivi des cours de religion dispensés par cette ONG. Et après quelques années, il s’est converti au protestantisme et est devenu pasteur.
 
Il faut dire aussi qu’entre temps il avait rencontré sa femme, une jeune fille très séduisante et très impliquée dans cette église protestante, et qui avait fini par le convaincre que Jésus était son salut.

Les convertis, dans un sens ou dans l’autre, deviennent souvent plus pratiquants (et parfois même plus extrémismes) que les fidèles des cultes qu’ils rejoignent. J’avais demandé à Ishan ce qu’il pensait des courants salafistes et extrémistes au sein de l’islam et de leurs partisans. Pour lui, la solution était simple. Il connaissait très bien ce problème et ces adeptes. C’était une guerre. Il fallait combattre, éradiquer ces mouvements et éliminer ces mécréants. Dieu reconnaitrait les siens.

Friday, August 31, 2018

25 - Mangula


Mangula est un village pittoresque où il fait bon faire une pause avant d’affronter à nouveau le tumulte des grands centres urbains africains. Situé au pied de l’escarpement des monts Udzungwa, il n’y a rien de particulier à y faire ni grand-chose à voir si ce n’est de randonner dans ces montagnes dont une partie a été transformée en parc national.

Gare de Mangula
Comme tous les parcs nationaux, les coûts d’accès y sont très élevés et là aussi l’accompagnement d’un guide est obligatoire. Après m’être renseigné et avoir été informé du prix exorbitant d’une simple boucle de quatre heures jusqu’à une cascade, j’ai préféré rester au village à regarder la vie couler au ralenti et à me promener aux alentours.

Comme la plupart des villages, le centre est animé par un mélange de petites boutiques, d’ateliers de mécanique, d’ébénisterie et de marchés colorés. À mesure que l’on s’éloigne du centre, la vie rurale ombragée et assoupie est dominée par des scènes d’enfants s’amusant avec des jouets faits maison ou sillonnant avec des vélos trop grands pour eux des chemins de terres battues.

Gare de Mbeya
Je suis arrivé à ce village en train depuis l’étape précédente de Mbeya où je n’avais pas pu obtenir une couchette en 1re ou 2nd classe le jour de mon arrivée dans cette ville. Je suis revenu à la charge le jour du départ du train prévu pour la fin d’après-midi et, à force d’insister, j’ai fini par obtenir une couchette en 2e classe. Le train n’est arrivé que vers minuit et j’avais hâte de trouver mon compartiment pour m’affaler sur ma couchette. J’ai ainsi pu effectuer la moitié d’un trajet de plus de 500 km en dormant sans interruption jusqu’au petit matin. 












Wednesday, August 29, 2018

24 - Sumbawanga-Mbeya


Je n’ai pas vu grand-chose de ces deux villes étapes de l’Ouest tanzanien. J’ai passé deux jours grippés et alités dans la première et deux jours à tenter plus ou moins de récupérer dans la seconde.

Le MV Liemba est arrivé à Kasanga vers midi, le dernier arrêt en Tanzanie avant le terminus en Zambie. J’ai appris que le navire resterait à quai à Kasanga pour l’après-midi et la soirée afin de laisser plus de temps au transbordement des marchandises. Il est également préférable que le ferry franchisse la frontière tôt le matin pour des questions de droit de douane en Zambie. J’ai donc demandé au capitaine l’autorisation de passer une nuit supplémentaire dans ma cabine. Il a accepté à condition que je quitte le navire avant son départ à 5 h.

J’ai très mal dormi à cause des premiers symptômes grippaux. J’ai quitté le navire à 4 h 30 en pleine obscurité et suis allé attendre le premier bus au bord de piste sur la petite colline qui domine la baie. Quelques minutes plus tard, l’agent du poste d’immigration tout proche et isolé sur cette piste désertique et poussiéreuse est venu faire un brin de causette. Même sous ces latitudes, il ne fait pas très chaud le matin en plein vent à une altitude de près de 1000 mètres.

Le bus est passé un peu après 6 h. J’étais passablement fiévreux et j’ai quelque peu sommeillé tout le long du trajet jusqu’à Sumbawanga. Une fois de plus, je suis allé loger dans la pension catholique locale située près de la gare routière. Je me suis bourré de paracétamol et abondamment badigeonné de Vicks et je me suis couché.

J’ai refait le plein de médicament le lendemain et acheté un billet de bus pour le jour suivant. Et j’ai de nouveau passé la journée au lit.

Le trajet jusqu’à Mbeya s’est effectué un peu dans les mêmes conditions que le précédent. La seule différence est que le bus était nettement plus confortable et la route en meilleur état. J’ai pu mieux me reposer.

À Mbeya, j’ai changé de crémerie et suis allé cette fois chez les évangélistes. J’étais pressé d’arriver dans cette ville pour réserver une couchette de 1re classe dans le Makuba, un train express avec des pointes à 60 km/h qui assure une liaison hebdomadaire entre Mposhi en Zambie et Dar es-Salaam en Tanzanie, un trajet de près d’une semaine.

Mbeya est situé à la moitié de ce trajet et je comptais m’arrêter avant Dar es-Salaam. Le train ne passait que dans deux jours et j’espérais être suffisamment en avance pour obtenir un billet. Mes bagages à peine déposés, je me suis précipité à la gare.

Il ne restait plus de couchettes. Ni en 1re ni en 2nd. Je n’avais plus le choix qu’entre la 3e et la 4e, et uniquement des sièges très inconfortables pour y dormir la nuit. C’est l’ancien président français Jacques Chirac qui avait déclaré avec raison que « les emmerdes, ça vole toujours en escadrille ».

Je suis retourné me coucher. Après tout, et pour reprendre une autre citation, celle de Scarlett O’Hara cette fois dans Gone with the Wind (Autant en emporte le vent en français) : « After all tomorrow is another day. »