Je ne monterai pas plus au nord le long de la
côte. C’est risqué. En 2011, c’est à Lamu que des touristes ont été kidnappés
et certains assassinés par des pirates ou militants shebabs venus de la Somalie
voisine. D’autres attaques se sont produites par la suite dans la région faisant
des centaines de morts et plusieurs pays ont alors déconseillé à leurs
ressortissants de visiter Lamu et toute la partie du Kenya proche de la Somalie.
Le tourisme a périclité et une grosse
majorité de la population qui vivait des revenus de cette industrie s’est
retrouvée sans travail. Depuis quelques mois, la situation semble se rétablir,
mais elle est loin de ce qu’elle fut du milieu des années quatre-vingt jusqu’à
ses événements.
Lamu est un petit Zanzibar. Mais si je devais
choisir entre les deux, le premier l’emporterait largement sur le second. Sa
médina, parmi celles que j’ai visitées sur la côte swahilie depuis le canal de Mozambique, est à mi-chemin entre celle de Mutsamudu et
Stone Town. Elle a su garder son caractère traditionnel et conserver son
intégrité sociale et culturelle ; elle a
également maintenu l’authenticité de son tissu urbain jusqu’à nos jours. ![]() |
| Shela |
Contrairement à Stone Town, les boutiques
pour touristes n’ont pas défiguré ce site inscrit comme sa rivale tanzanienne
au Patrimoine mondial de l’Unesco. Le gros des visiteurs se concentre à Shela,
un village situé à quelques kilomètres de la ville, et sur l’île qui lui fait
face. C’est là que se retrouvent les hôtels de luxe, résidences secondaires,
restaurants, magasins de souvenirs et clubs de plongée.
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| Amu House |
L’urbanisme local de la médina de Lamu se
définit par ses groupes d’habitations divisées en petits quartiers comprenant
chacun des bâtiments regroupant plusieurs lignées de parents d’une même
famille. C’est dans le quartier anciennement le plus fortuné, autrefois réservé
aux familles des riches commerçants omanais, que j’ai séjourné. La maison Amu a été
achetée et entièrement restaurée par une Américaine qui l’a mise à la
disposition des utilisateurs de la plateforme Airbnb.
Tout comme à Stone Town, j’ai passé mon temps
à sillonner et à me perdre dans les rues étroites de la médina bordée de
magnifiques maisons de pierres aux imposantes portes arrondies, inspirées par
la fusion unique de styles de constructions swahilis, arabes, perses, indiens
et européens.
Depuis la mer par où je suis arrivé, les édifices sur les quais avec
leurs arcades et leurs vérandas ouvertes donnent une impression visuelle
uniforme de la ville. Les bâtiments sont bien préservés et témoignent d’une
longue histoire retraçant le développement des techniques de construction
swahilies qui utilisent le corail, la chaux et le bois de palétuvier, enrichies
d’éléments comme des cours intérieures, des vérandas et des portes de bois
sculptées avec soin.
Une des caractéristiques de l’île, c’est que
jusque tout récemment tous les transports terrestres étaient effectués à dos
d’âne. Néanmoins, depuis presque deux ans, les motos ont fait leur apparition
pour le transport des personnes et de certaines marchandises. Ça ne fait pas
nécessairement le bonheur de tous les habitants, et nombreux sont ceux avec qui
j’ai parlé qui s’en plaignent beaucoup à cause des accidents, du bruit et de la
pollution.
Un Anglais a ouvert depuis quelques années
une clinique vétérinaire pour les ânes qui fait également hospice pour les plus
âgés. Les services y sont offerts gratuitement. J’ai rencontré trois jeunes
enfants dans les rues de la médina qui venait de traverser l’île pour y amener
un ânon pas très en forme et qui refusait de collaborer. Il avait peut-être
raison, car il est mort le lendemain.
Contrairement à d’autres foyers
d’implantation swahilis peu à peu abandonnés le long de la côte Est de
l’Afrique, Lamu est habitée en permanence depuis plus de 700 ans. Société musulmane
étroitement soudée et d’esprit conservateur, Lamu a gardé son rôle éminent de
haut lieu d’éducation de la culture islamique et swahilie, comme en témoignent sa
fête religieuse annuelle de Maulidi (célébration du jour de
naissance du prophète) et ses festivals culturels.
Le soir de mon arrivée, j’ai ainsi pu
assister à un Kirumbuzi, ou dance des
bâtons, qui se pratique lors des mariages. Des hommes au centre d’un cercle
formé par l’assistance se défient mutuellement les uns les autres. Et quand l’un
d’eux accepte le défi, les deux participants s’affrontent à coups de bâton. Le
but de la confrontation est de parvenir à faire tomber ou saisir le bâton de
son adversaire.







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