Je n’irai pas plus haut. Enfin pas plus haut
que le poste de contrôle pour l’ascension du Kilimandjaro. J’y avais pensé,
mais ce n’était pas une priorité. Les raisons pour lesquelles j’ai renoncé à
faire cette ascension sont triples. La première est que Kilimandjaro fait
partie d’une liste d’endroits que beaucoup de voyageurs s’efforcent de cocher les
uns après les autres. Il appartient au circuit au même titre que la tour Eifel,
le Taj Mahal, les chutes du Niagara, la grande muraille de Chine, les îles Galapagos,
Machu Picchu, j’en passe et des meilleurs. J’ai vu quelques-uns de ces endroits
parce qu’ils étaient sur mon chemin, mais je n’ai pas souvenir d’avoir fait des
milliers de kilomètres pour pouvoir dire ensuite : « J’ai fait… »
La seconde raison est financière. Il faut
compter au minimum — et le minimum n’assure pas la totalité des coûts — 1000 euros
pour les cinq ou six jours que compte l’aller-retour jusqu’au sommet qui
culmine à près de 6000 mètres. C’est cher du mètre. J’ai fait le tour des
Annapurna, le camp de base du K2, l’ascension du mont Fuji et du piton des
Neiges gratuitement, et quelques autres randos et petites expéditions tout
aussi intéressantes et au même coût.
La troisième raison est la plus importante.
Que ce soit les endroits précédemment cités ou d’autres, j’aime voyager seul.
Impossible de faire la montée du Kilimandjaro en solitaire bien que les deux ou
trois sentiers qui y mènent sont tellement fréquentés que les chances de se
perdre sont à peu près nulles.
Une raison supplémentaire, liée à la
précédente, c’est la ca
J’ai néanmoins été faire une petite rando
jusqu’à une des trois entrées du parc. Je m’étais renseigné la veille, et je
n’avais rien trouvé à moins de 80 $. Je me suis alors tourné vers Mama
Alice qui m’a hébergé pendant mon séjour à Moshi.
Mama Alice connaît bien l’endroit. Elle y est
née. Ce n’était pas très compliqué. Il me suffisait de prendre un taxi-brousse
jusqu’à un petit village et ensuite de monter vers le Kilimandjaro en demandant
mon chemin aux habitants. C’est d’ailleurs ainsi que je procède habituellement.
Et puis à la dernière minute, Mama Alice m’a proposé de me faire accompagner
par Franck, un étudiant qu’elle nourrit et qu’elle loge en échange de quelques
tâches quotidiennes. Même si j’aurais préféré y aller seul, j’avais sympathisé
avec Franck depuis mon arrivée et il pouvait faciliter la communication avec
les habitants. Ce qui fut le cas pendant toute la journée que nous avons passée
ensemble.
Sur le chemin du retour, il m’a fait visiter
l’école secondaire catholique où il venait de terminer ses examens. De toutes
les écoles privées tanzaniennes, elles sont parmi les plus réputées. Franck attendant
les résultats des examens pour choisir l’université où il irait poursuivre des
études de droit. Franck comptait devenir avocat — pas très nombreux en Tanzanie
— et consacrer sa carrière à défendre les droits des enfants. Franck avait une
revanche à prendre.
Abandonné par une mère monoparentale à l’âge
de six mois, elle-même abandonnée par le géniteur après avoir été engrossée,
Franck avait été récupéré par sa grand-mère maternelle. Appartenant à l’ethnie Chagga
comme la majorité des habitants vivants sur les contreforts du Kilimandjaro,
elle a pris soin de l’élever en ne lui parlant qu’en swahili — une langue
qu’elle maîtrisait partiellement — pour qu’il puisse bénéficier d’un avantage égal
à celui de l’élite tanzanienne.
Doté d’une forte capacité de résilience, Franck
avait coupé les ponts avec un passé trop pesant. Intelligent, maîtrisant
l’anglais qu’il avait un peu appris à l’école et beaucoup par lui-même, son
objectif de vie était aussi fixe que sa détermination était instinctive. Les
enfants tanzaniens seraient entre bonnes mains.





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