La seule raison pour laquelle je me suis arrêté à Kilifi, c’est pour faire suite à la
recommandation d’Elaine qui m’avait hébergé à Dar es-Salaam. « C’est un petit
village reposant », m’avait-elle dit. Pas vraiment. Avec près de 150 000
habitants, ce n’est plus vraiment un village.
En fait, c’est surtout le bord de
mer où quelques hôtels se sont implantés qui fait la réputation de ce lieu connu
des expats de la côte est pour ses jolies plages avoisinantes. Je ne suis pas
très plage, et celle que je suis allé voir juste avant de quitter l’endroit
était certes déserte, mais très polluée.
Mais je voulais également faire d’une
pierre deux coups et en profiter pour visiter les vestiges d’une ancienne ville
swahilie du 13e
siècle, dont les ruines
ont été mises à jour par des archéologues anglais en 1920. Gede est la version
locale d’Angkor ou du Machu Picchu.
J’avais pris un guide, mais je lui ai
demandé de me laisser seul après une vingtaine de minutes d’explications
pertinentes que l’on oublie généralement après un jour ou deux. C’est le genre
d’endroit, un peu mystérieux, un peu mystique que l’on apprécie davantage en solitaire.
Les maisons étaient très bien aménagées pour
l’époque et possédaient des salles de bain avec bassin d’écoulement laissant
penser que ce sont de riches commerçants musulmans qui fondèrent cette ville et
l’habitèrent jusqu’à son abandon.
Les objets trouvés lors des fouilles (et que
l’on peut voir dans le musée attenant au site) montrent que les habitants de
cette cité faisaient du commerce avec le monde entier (perles en verre de
Venise, des pièces des vases Ming, des lampes métalliques indiennes, des
ciseaux d’Espagne. Le site comprend aussi un ancien palais, une mosquée et une
madrasa.
La ville compta jusqu’à 2500 habitants,
atteignit l’apogée de sa prospérité au 15e et 16e siècle
avant d’être abandonnée pour des raisons que l’on ignore, mais qui peuvent être
attribuées à des raids de tribus venues de Somalie ou de l’intérieur des
terres, ou par un manque d’eau potable. La nature reprit ses droits et les
seuls habitants à être restés sur les lieux furent les singes.



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