Cette ville est un enfer pour se déplacer.
C’est une île. Et cette île n’est reliée au reste de sa zone urbaine que de trois
façons : un pont, une digue et un ferry. Autant dire que ces trois
entonnoirs concentrent le gros de la circulation et des bouchons de la ville.
J’y ai séjourné à deux reprises et en deux
endroits différents, tous deux à l’extérieur de l’île. Le premier assez
bruyants et le second beaucoup moins. Le premier chez Dave et le second dans un
hôtel.
Dave est originaire d’une petite ville située
sur le bord du lac Victoria. C’est un artiste. Mais je ne sais pas trop sa
spécialité. Il gratte un peu la guitare. Il travaille également en fin de
semaine dans un café, ce genre
d’établissement américanisé très à la mode de type Starbucks aussi populaire
que les McDo. Surtout sous les tropiques parmi les expats et les locaux
branchés. C’est aussi le genre d’endroit où les Swahili boys chassent les White
ladies. Les lions sont plus dangereux. Les White ladies plus fortunées.
Dave est dans le milieu de la vingtaine et
marié depuis peu. En entrant, j’ai vu les photos du mariage accrochées au mur.
Dave est aussi noir et crépu que la mariée est blanche et blonde. Tout
s’explique quand on apprend que la mariée est Suédoise. Très jolie avec des
yeux bleus. Suédoise. S’ils avaient été tous les deux de la même couleur,
j’aurais pensé que Dave était accompagné de sa mère. C’est au café où il
travaille qu’il a fait la connaissance de son épouse.
L’épouse se prénomme Nina. Elle a deux
garçons qui sont presque de l’âge de Dave. En ce moment, Nina est en Suède. En
fait, Nina passe son temps à faire des aller-retour entre la Suède et le Kenya.
Dave est patient. Il attend depuis plus d’un an d’obtenir son visa pour émigrer
en Suède. Il n’a aucune qualification et ne parle pas un mot de suédois. Ce
n’est pas très important, car dès qu’il sera en Suède, Dave planifie de voyager
en compagnie de Nina autour du monde. Pas avec les revenus de Dave qui n’en a
pas beaucoup. Probablement avec ceux de Nina qui est prof et semble bien gagner
sa vie.
Moi je pense que Nina ne sait pas trop quoi
faire de cette vie. Peut-être aussi qu’elle ne sait pas trop quoi faire de son
argent. Dave saura. Dave est patient.
Mis à part exprimer un certain cynisme
vis-à-vis de mes semblables, il m’arrive aussi d’essayer de me cultiver. Pour
Mombasa, j’ai donc fait comme tous les touristes et j’ai visité Fort Jésus. Érigé par les Portugais à la fin des années quinze cent pour
leur servir de quartier général et contrôler la navigation commerciale dans
cette partie de l’océan Indien, le fort venait d’être achevé depuis peu quand
il tomba aux mains des Omanais. Puis il changea encore de mains au moins une
demi-douzaine de fois avant d’être conquis par les Anglais en 1870 qui le
transformèrent en prison.
Aujourd’hui le fort abrite un musée très mal
entretenu. C’est la vitrine pas très attirante de ce qui est quand même
l’endroit le plus visité de Mombasa. La médina à ses pieds n’est pas dans un
meilleur état. Le bastion San Felipe est mieux pourvu avec sa Omani House, très
joliment rénovée grâce à un financement du sultan d’Oman.
Une exposition permanente de bijoux, objets
d’art, armements et costumes est répartie dans différentes petites salles. Des
cartes géographiques de l’océan indien montrent les routes de navigations
empruntées par les navigateurs et commerçants omanais et l’influence
considérable qu’ils ont exercé sur le peuplement et le développement de la
culture swahilie tout le long de la côte.
Néanmoins, l’explication sur le commerce de
produits pratiqué par les Omanais se limite dans cette exposition aux épices, à
l’ivoire, l’or, les pierres précieuses et le bois. Elle oublie totalement la
traite des esclaves dont les Omanais détenaient le monopole et qui contribua à
faire la fortune de leur sultans installés dans les citées états de la côte
swahilie jusqu’à l’abolition de cette traite par les Anglais et à la stricte
mise en place de cette abolition par le contrôle, la saisie et la destruction
des navires négriers par la Royal Navy.

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