J’aurais aimé pouvoir rester plus longtemps à
Fort Portal. La ville est plaisante. Les alentours, entourés de lacs endormis
au fond de cratères somnolents qui attendent la fin du monde, prendraient des semaines
à visiter. Et l’endroit où j’ai séjourné, une ONG britannique située à l’écart
de la ville, est le genre d’endroit où il fait bon vivre à ne rien faire, sinon
contempler les montagnes, jouer avec la chienne, gardienne de la maison, et
chasser les chèvres qui n’attendent qu’une seconde d’inattention de votre part
pour renverser votre tasse de thé et brouter votre petit déjeuner.
L’ONG en question a pour nom One Brick at a Time et a pour mission de
bâtir des installations d’éducation et de santé, et de fournir une formation
technique à des Ougandais. Aujourd’hui, l’ONG revendique la réalisation de 23
grands projets de construction, la formation de plus de 300 apprentis,
l’amélioration d’établissements
d’éducation de plus de 30 000
enfants et le renforcement des soins de santé pour plus de 100 000 personnes.
Sur le terrain, l’ONG est dirigée par
Veronika, une Slovaque de 30 ans, mise à la porte de chez elle par sa mère à
l’âge de 25 ans. Elle s’était réfugiée à Londres où elle fut exploitée et
humiliée à son arrivée par des employeurs peu scrupuleux et plus intéressés par
ses charmes que ses talents au point qu’elle en pleura quotidiennement et
pendant des semaines toutes les larmes de son corps. À force de persévérance, elle
finit néanmoins par décrocher un emploi dans une institution financière.
Non satisfaite de très bien gagner sa vie,
elle avait choisi de se reconvertir dans le domaine humanitaire. Arrivée depuis
moins d’un an pour diriger cette ONG, elle venait tout juste d’être acceptée
par la prestigieuse London School of
Economics pour y approfondir ses connaissances et son expertise dans l’aide
humanitaire. Elle avait fixé son départ pour le début du mois prochain.
Le jour de mon arrivée, elle me proposa de
l’accompagner le lendemain dans une mini tournée d’adieu de communautés reculées
le long de la frontière congolaise où elle avait dirigé et supervisé
l’installation de citerne de récupération d’eau de
pluie dans une région parmi les plus désertique et chaude de l’Ouganda.
Nous sommes donc partis une heure avant le
lever du soleil. La route longe la vallée du rift africain, avec d’un côté la
plaque africaine, et de l’autre la plaque somalienne. Dans cette région, le rift
occidental (rift Albertin) englobe les montagnes des Virunga et Rwenzori. Au
lever du soleil, cette faille qui s’enfonce dans les entrailles de la terre se
teinte délicatement de carmin et d’azur.
Près de deux heures après être parti et avoir
sillonné des pistes de sables et traversé de zones désertiques parcourues par
des antilopes, nous avons atteint les premières habitations dispersées dans la
plaine. Ici une église sans toiture, là une école sans portes ni fenêtres sont des
points de repère et de rassemblement d’habitants qui marchent souvent des
kilomètres à travers cette vaste zone désertique pour se regrouper.
C’est aussi le cas des enfants. Dès l’aube,
les garçons s’occupent des troupeaux et les filles préparent le petit déjeuner
et vont puiser l’eau. Ensuite, ils marcheront parfois plus de deux heures (pieds
nus pour la plupart), mais vêtu de l’uniforme obligatoire pour se rendre à
l’école. Là, un enseignant payé l’équivalent de 30 € par mois s’occupera
de plus d’une centaine d’entre eux divisés en une demi-douzaine de classes.
Notre arrivée a fait sensation et les enfants
sont accourus de partout pour nous souhaiter la bienvenue. Veronika en a regroupé
quelques-uns pour des séances de photos devant des citernes nouvellement
installées. Nous avons également été gratifiés de quelques chants tribaux avant
de reprendre le chemin du retour en d’après-midi.
Veronika m’avait suggéré de faire une rando pendant
mon séjour, une rando qu’elle avait elle-même réalisé quelques semaines plus tôt. Comme
cette rando traverse un parc national, il fallait toutefois passer par la voie
officielle de l’organisme d’État chargé de gérer cette activité. Le guide est
venu la veille du départ, dormi sur place, et nous sommes partis le lendemain
matin de très bonne heure. À l’entrée du parc, nous avons été rejoints par un
garde armé qui nous a accompagnés jusqu’au bout de la rando.
Cette région est proche de la RDC (ancien
Zaïre) et des groupes armés traversent régulièrement la frontière, en plus des
braconniers ougandais et congolais pas toujours sympathiques. Si nous tombions
dans une embuscade, je ne suis pas certain que le garde armé aurait été à la
hauteur. Il aurait été le premier à être abattu, comme ce fut le cas le mois
dernier du côté congolais avec un couple de touristes britanniques qui avait
été enlevé.
Comme je le craignais, cette rando s’est
faite à marche forcée. C’est à peine si nous avons pris le temps de faire une
pause pour déjeuner. Dès le col franchi, situé à une altitude de 2500 mètres,
la descente se fait en direction de la frontière congolaise. La forêt très
dense jusque-là, fait subitement place à un paysage dégagé où l’on peut
apercevoir en contrebas dans la vallée des cultures et des habitations.
Cette descente de 1500 mètres est abrupte et glissante. La fatigue accumulée risquait de provoquer un
accident. J’ai donc dit au guide qu’il pouvait me laisser seul et que je serais
capable de continuer jusqu’à Bundibugyo, le point d’arrivée, que l’on pouvait
apercevoir à moins d’une dizaine de kilomètres au fond de la vallée. Il a
hésité, à échanger quelques mots avec le garde, et m’a répondu qu’il n’était
pas autorisé à me laisser seul. Par contre, alors que jusque-là il marchait en
tête avec le garde armé qui fermait la marche, il m’a laissé passer devant. La
fin de cette rando fut nettement plus agréable et j’ai pu m’arrêter là où je le
souhaitais.
Le lendemain, j’ai refait une rando, mais seul, de
façon plus relaxante et autour de quelques lacs situés au sud de Fort Portal. Les
plus beaux sont souvent occupés à une de leurs extrémités par un lodge luxueux, certains disposent même
d’une zone d’atterrissage pour hélicoptère. J’étais allé faire une petite rando
vers l’un de ces lodges (le Kyaninga lodge) le jour de
mon arrivée. Comme je partais le lendemain, j’en ai profité pour en visiter un
autre et j’ai donc fini cette dernière rando et la journée au Ndali Lodge qui surplombe le lac
Nyinambuga.








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