Thursday, June 28, 2018

06 - Mombasa


Mombasa : ville de sel et d’épices, de rêves et de batailles, de poésie et d’histoires maritimes, et de vagues de négociants venus de terres lointaines. « Elle ne révèle pas le grand secret qu’elle détient », a écrit le poète swahili Muyaka à propos de sa ville natale. « Même ceux qui sont bien informés ne la comprennent pas. »

En effet, la ville surnommée en swahili « l’île de la guerre » a plusieurs facettes. Il s’y murmure des chants qui s’accrochent aux pierres d’un temple jaïn, la passion extatique de l’appel à la prière, le reflet bleuté d’une vague venant mourir sur le sable, et la vue de boutres à destination de Zanzibar qui glissent sur les flots avant de disparaitre à l’horizon. Ce sont des rangées de boutiques de plantes médicinales, des vaches qui sommeillent à l’extérieur de salons de coiffure afro, des hirondelles qui passent en rase-motte au-dessus des dépôts d’ordures à ciel ouvert, et des bâtiments tellement brulés par le soleil que leurs façades partent en lambeaux comme la peau des touristes fraichement débarqués.

Mombasa a plus en commun avec Dakar ou Dar es-Salaam qu’avec Nairobi ; son mélange d’Inde, d’Arabie et d’Afrique peut être enivrant. Mais elle est également crasseuse avec de profondes tensions ethniques et des problèmes de sécurité qui menacent de faire sauter la marmite à chaque instant. Mais qu’attendre d’un des plus grands ports d’Afrique ? Les quais attirent toujours les aventuriers, et ceux qui passent à Mombasa viennent du monde entier. Peut-être est-il préférable de laisser les Swahilis raconter eux-mêmes leur ville avec un vieux poème : « Mombasa est célèbre, mais ses eaux sont dangereusement profondes. Méfiez-vous ! »

J’aurai l’occasion d’y revenir après mon second passage dans moins d’une semaine.

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