Mombasa : ville de sel et d’épices, de
rêves et de batailles, de poésie et d’histoires maritimes, et
de vagues de négociants venus de terres lointaines. « Elle ne révèle pas le
grand secret qu’elle détient », a écrit le poète swahili Muyaka à propos de sa
ville natale. « Même ceux qui sont bien informés ne la comprennent pas. »
En effet, la ville surnommée en swahili « l’île
de la guerre » a plusieurs facettes. Il s’y murmure des chants qui s’accrochent
aux pierres d’un temple jaïn, la passion extatique de l’appel à la prière, le reflet
bleuté d’une vague venant mourir sur le sable, et la vue de boutres à
destination de Zanzibar qui glissent sur les flots avant de disparaitre à l’horizon.
Ce sont des rangées de boutiques de plantes médicinales, des vaches
qui sommeillent à l’extérieur de salons de coiffure afro, des hirondelles qui
passent en rase-motte au-dessus des dépôts d’ordures à ciel ouvert, et des
bâtiments tellement brulés par le soleil que leurs façades partent en lambeaux
comme la peau des touristes fraichement débarqués.
Mombasa a plus en commun avec Dakar ou Dar es-Salaam
qu’avec Nairobi ; son mélange d’Inde, d’Arabie et d’Afrique peut être enivrant.
Mais elle est également crasseuse avec de profondes tensions ethniques et des
problèmes de sécurité qui menacent de faire sauter la marmite à chaque instant.
Mais qu’attendre d’un des plus grands ports d’Afrique ? Les quais attirent
toujours les aventuriers, et ceux qui passent à Mombasa viennent du monde entier.
Peut-être est-il préférable de laisser les Swahilis raconter eux-mêmes leur
ville avec un vieux poème : « Mombasa est célèbre, mais ses eaux sont dangereusement
profondes. Méfiez-vous ! »
J’aurai l’occasion d’y revenir après mon
second passage dans moins d’une semaine.
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