Friday, July 20, 2018

13 - Jinja


La raison principale pour laquelle cette ville mérite un détour touristique, c’est pour y visiter la source du Nil, c’est du moins ce que prétendent les guides de voyages appuyés dans cette revendication par la ville de Jinja qui tire une bonne partie de ces recettes par l’apport des visiteurs étrangers.

Les experts sont moins unanimes. Depuis la prétendue découverte de cette source, en 1858, par l’explorateur britannique Speke, la controverse n’a cessé d’exister et d’autres endroits, au Rwanda et au Burundi, revendiquent également le privilège de détenir la véritable « source ». En fait, il est maintenant certain que plusieurs sources alimentent le lac Victoria depuis lequel le Nil Blanc s’écoule jusqu’à Khartoum pour se joindre au Nil Bleu et poursuivre sa course jusqu’à la Méditerranée et ainsi devenir le plus long fleuve du monde avec l’Amazone.

Gare de Jinja
En ce qui me concerne, ça me permettait de faire une pause et d’éviter de passer une journée dans un bus pour arriver à Kampala au milieu de la nuit après avoir traversé la frontière qui sépare le Kenya de l’Ouganda. Malgré tout, la paperasserie douanière et les procédures sécuritaires devenues très pointilleuses dans cette partie de l’Afrique m’ont quand même amené à Jinja à la nuit tombée. Heureusement, je savais où aller et je n’ai pas eu à me promener en pleine noirceur avec deux sacs à dos (un petit devant et un gros derrière) dans une ville inconnue à la recherche d’un hôtel.

La révolution informatique n’a jamais rendu les voyages aussi faciles. Je dispose ainsi d’une application géniale dans mon téléphone. Cette carte géographique, que je peux consulter hors ligne, me permet de savoir à tout moment où je suis et comment me diriger. Il n’est donc plus nécessaire de me procurer des plans de pays ou de villes difficiles à trouver et à comprendre la plupart du temps.

Ancien bâtiment colonial
En outre, l’application de la plateforme communautaire de location de logements de particuliers Airbnb facilite le choix et la réservation d’hébergements de bien meilleures qualités que beaucoup d’hôtels qu’il me fallait autrefois chercher pendant des heures. J’ai de plus la possibilité de savoir ce que d’autres voyageurs ont pensé de ces hébergements et de procéder par élimination.

L’endroit où j’ai résidé pendant mon séjour à Jinja n’avait pas encore été évalué. Les propriétaires étaient inscrits depuis quelques semaines sur Airbnb et j’étais leur premier locataire. Mon appréciation du séjour pouvait être déterminante pour la suite de leur aventure de loueurs. J’ai donc été traité aux petits oignons.


Edward, le propriétaire, est pasteur (de je ne sais quelle église) et sa femme Eddie s’ennuie toute la journée à la maison à ne savoir que faire. C’est donc Eddie qui sera amené à gérer cette nouvelle activité lucrative après cette première expérience. Le couple dispose d’autant d’employés de maison que de pièces dans cette grande demeure. Et la demeure est immense. Le terrain alentour tout autant. J’ai pu ainsi bénéficier d’une chambre avec salle de bains et toilettes privés. Ils sont même allés bien au-delà de leur rôle de logeur en revêtant celui de restaurateur et en m’offrant, en plus du petit déjeuner compris dans le prix de la chambre, le déjeuner et le dîner. Et cerise sur le gâteau, comme je devais faire un aller-retour jusqu’à Kampala distant d’au moins deux heures pour des histoires de visas, Edward m’a proposé de m’y emmener. Le séjour fut donc très agréable.

La ville de Jinja en elle-même n’est pas désagréable. Située dans un cadre verdoyant, elle dispose d’une architecture coloniale en voie de restauration. C’est aussi la capitale de l’Afrique de l’Est des émotions fortes et des poussées d’adrénaline à bon marché. Ici tout peut être réalisé : saut à l’élastique, rafting, kayak, quad, ski nautique et autres activités d’aventure. 

Personnellement, je me suis contenté de marcher à travers cette ville, marche qui m’a conduit jusqu’à la vieille gare qui n’accueille plus de passagers. Le chef de gare, qui s’ennuie autant qu’Eddie et ne voit plus passer que trois trains de marchandises par jour, a été tout heureux de pouvoir briser son ennui et de me raconter l’histoire du chemin de fer ougandais depuis sa création. C’est long.

Source du Nil
Ah oui ! La source du Nil. Bof. Après être descendu jusqu’à l’embarcadère et avoir été informé du prix de la balade en bateau pour visiter l’endroit, j’y ai renoncé. J’étais en train de remonter sur la berge quand le vendeur m’a demandé combien je voulais payer. J’ai divisé le prix par dix. Le non initial s’est finalement transformé en oui après qu’il se soit aperçu que je n’étais pas vraiment intéressé. Un shilling de gagné, même ougandais, est un shilling de gagné. Ça ne valait pas davantage.

Même Gandhi est venu ici. Parait-il. Mais s’il n’y est pas venu de son vivant, une statue proche de l’embarcadère indique que ces cendres ont été dispersées à cet endroit. Bon, c’est la même prétention que pour la source du Nil. Plusieurs endroits à travers le monde revendiquent ce même privilège de détenir les cendres de l’apôtre de la non-violence.

Parlant de non-violence, en me redirigeant vers le centre-ville, j’ai aperçu un énorme attroupement vers lequel je me suis dirigé. Un voleur venait d’être pris en flagrant délit d’un larcin de 25 000 shillings (moins de cinq euros) et gisait mort au milieu de la rue. J’ai demandé si c’était la victime du larcin qui l’avait tué. « No, m’a répondu mon voisin, it’s mob’s justice ». La justice populaire. Il avait été lynché par la foule.



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