La traversée par ferry d’une durée de sept
heures depuis Zanzibar fut plus longue que ce que je prévoyais. Ce n’était pas
non plus le même ferry express que celui que j’avais pris pour Zanzibar. Certes,
il n’était pas à vapeur, mais sa vitesse aurait probablement été la même.
Changements de cargaisons également. Exit les touristes et place à un bon
millier de locaux et à de la marchandise. J’ai fait le tour des trois ponts.
J’étais le seul blanc.
Le contraste entre les deux îles est
frappant de tous les points de vue. Plus de calme, plus de verdure, plus de
collines et moins de monde. À l’époque des commerçants arabes qui sillonnaient
les côtes de l’Afrique de l’Est sur des boutres, cette île était connue sous le
nom de Jazirat al Khuthera (l’île
verte). C’est ici qu’était cultivé le plus gros de la production agricole de
l’archipel ainsi que le clou de girofle (encore aujourd’hui) qui, avec la
traite des esclaves sur l’île voisine, assurait la richesse du sultanat.
Pemba est également plus
traditionnellement musulmane. Je ne pense pas avoir vu une seule femme vêtue à
l’occidentale. J’ai loué un scooter le lendemain de mon arrivée et j’en ai fait
le tour pendant les deux journées où j’y suis resté. Les routes praticables
sont rares, à l’exception de l’est de l’île grâce à du financement américain.
Une moto aurait été de mise pour aller là où je suis allé.
J’avais été accueilli par un couple et je
suis resté dans une maison qu’il loue à des étrangers employés par des ONG ou à
des touristes indépendants de passage, ce qui arrive rarement. Néanmoins, une
bonne partie des revenus de Pemba provient aujourd’hui de l’industrie
touristique, concentrée par la présence de trois sites hôteliers haut de gamme
construits à l’écart des zones urbaines. Ces hôtels accueillent des groupes
fortunés et des personnalités riches et célèbres comme Mick Jager et Bill
Gates.
Aisha, est institutrice et Hamid ne
travaille pas. Ça lui donne beaucoup de temps libre pour aider les touristes. Nous
étions tous les deux le lendemain dans un petit restaurant au centre de Chake
Chake et deux Américaines étaient attablées au fond de la salle, également des
touristes, les seuls que j’ai vus pendant mon séjour. Jeunes, le début de la
trentaine, blondes, chacune portant un T-shirt très coloré, sans manches et légèrement
décolleté, leur tenue vestimentaire contrastait fortement avec celle de la
population féminine locale.
C’est Hamid qui m’a fait remarquer
qu’elles étaient très jolies. Je lui ai demandé ce que la population pensait de
touristes comme elles sans mentionner leur tenue. « It’s a big problem »,
m’a-t-il répondu. Dans son anglais plus que rudimentaire, il m’a expliqué que la
façon dont elles étaient vêtues choquait la population et que ça ne laissait
pas les hommes indifférents. Loin de là. Selon lui, elles s’exposaient à de
très sérieuses complications. Il a poursuivi en disant que le gouvernement
tenait à ce que la population soit tolérante avec les touristes, alors les gens
ne se plaignaient pas ouvertement. Je n’ai pas voulu insister.
Il est mieux de laisser de côté les
questions politiques et religieuses lorsqu’on voyage. Trois jours plus tard, pendant
mon court passage à Tanga, j’aurai une conversation plus longue et plus
passionnante avec une femme.
Quoi qu’il en soit, des cas de viols de
touristes ont déjà été signalés sur ces îles. Les habitants expliquent qu’ils sont
provoqués par le refus des femmes qui en sont les victimes de se couvrir décemment.
Ça peut choquer des féministes, mais le fait demeure qu’il est très risqué pour
les femmes de ne pas tenir compte des susceptibilités locales en matière de
tenue vestimentaire.
Les relations entre la population des îles
de l’Archipel de Zanzibar et celle du continent ne sont pas excellentes.
D’ailleurs les gens de Pemba et de l’île voisine ne se considèrent pas comme
faisant partie de ce qu’ils appellent le Tanganyika, l’ancien nom de la
Tanzanie avant qu’elle n’absorbe en 1964 l’ancien sultanat de Zanzibar avec ses
deux îles.
Entre temps, une révolution marxiste avait
instauré un gouvernement révolutionnaire
de Zanzibar, un nom qui apparait toujours sur les documents administratifs
des deux îles. Le coût humain de la révolution fut très élevé et toucha par
milliers les Arabes et les Indiens. De nombreux survivants de ces deux
communautés quittèrent l’ancien sultanat. Ce fut notamment le cas de la famille
de Freddy Mercury né à Stone Town qui émigra en Grande-Bretagne.
J’ai fait aussi un peu de tourisme culturel
et visité le musée établi dans une ancienne forteresse omanaise elle-même bâtie
sur les restes d’un fortin portugais datant du début des grandes explorations
européennes. Intéressant, mais très vieillot et très mal mis en valeur. Ça m’a
néanmoins permis une entrée en matière et une explication de ma visite de Ras
Mkumbuu, les vestiges de ce qui fut la plus vieille ville musulmane connue en
Afrique.
J’ai terminé avec d’autres ruines, celles
de l’ancien palais ou forteresse du terrible Mohammed bin Abdul Rahman, plus
connu des locaux sous le nom de Mkame Ndume, (le trayeur d’hommes), à cause de
sa cruauté et des impôts qu’il soutirait à ses sujets.





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