Monday, June 25, 2018

04 - Pemba


La traversée par ferry d’une durée de sept heures depuis Zanzibar fut plus longue que ce que je prévoyais. Ce n’était pas non plus le même ferry express que celui que j’avais pris pour Zanzibar. Certes, il n’était pas à vapeur, mais sa vitesse aurait probablement été la même. Changements de cargaisons également. Exit les touristes et place à un bon millier de locaux et à de la marchandise. J’ai fait le tour des trois ponts. J’étais le seul blanc.

Le contraste entre les deux îles est frappant de tous les points de vue. Plus de calme, plus de verdure, plus de collines et moins de monde. À l’époque des commerçants arabes qui sillonnaient les côtes de l’Afrique de l’Est sur des boutres, cette île était connue sous le nom de Jazirat al Khuthera (l’île verte). C’est ici qu’était cultivé le plus gros de la production agricole de l’archipel ainsi que le clou de girofle (encore aujourd’hui) qui, avec la traite des esclaves sur l’île voisine, assurait la richesse du sultanat.

Pemba est également plus traditionnellement musulmane. Je ne pense pas avoir vu une seule femme vêtue à l’occidentale. J’ai loué un scooter le lendemain de mon arrivée et j’en ai fait le tour pendant les deux journées où j’y suis resté. Les routes praticables sont rares, à l’exception de l’est de l’île grâce à du financement américain. Une moto aurait été de mise pour aller là où je suis allé.

J’avais été accueilli par un couple et je suis resté dans une maison qu’il loue à des étrangers employés par des ONG ou à des touristes indépendants de passage, ce qui arrive rarement. Néanmoins, une bonne partie des revenus de Pemba provient aujourd’hui de l’industrie touristique, concentrée par la présence de trois sites hôteliers haut de gamme construits à l’écart des zones urbaines. Ces hôtels accueillent des groupes fortunés et des personnalités riches et célèbres comme Mick Jager et Bill Gates.

Aisha, est institutrice et Hamid ne travaille pas. Ça lui donne beaucoup de temps libre pour aider les touristes. Nous étions tous les deux le lendemain dans un petit restaurant au centre de Chake Chake et deux Américaines étaient attablées au fond de la salle, également des touristes, les seuls que j’ai vus pendant mon séjour. Jeunes, le début de la trentaine, blondes, chacune portant un T-shirt très coloré, sans manches et légèrement décolleté, leur tenue vestimentaire contrastait fortement avec celle de la population féminine locale.  

C’est Hamid qui m’a fait remarquer qu’elles étaient très jolies. Je lui ai demandé ce que la population pensait de touristes comme elles sans mentionner leur tenue. « It’s a big problem », m’a-t-il répondu. Dans son anglais plus que rudimentaire, il m’a expliqué que la façon dont elles étaient vêtues choquait la population et que ça ne laissait pas les hommes indifférents. Loin de là. Selon lui, elles s’exposaient à de très sérieuses complications. Il a poursuivi en disant que le gouvernement tenait à ce que la population soit tolérante avec les touristes, alors les gens ne se plaignaient pas ouvertement. Je n’ai pas voulu insister.

Il est mieux de laisser de côté les questions politiques et religieuses lorsqu’on voyage. Trois jours plus tard, pendant mon court passage à Tanga, j’aurai une conversation plus longue et plus passionnante avec une femme.

Quoi qu’il en soit, des cas de viols de touristes ont déjà été signalés sur ces îles. Les habitants expliquent qu’ils sont provoqués par le refus des femmes qui en sont les victimes de se couvrir décemment. Ça peut choquer des féministes, mais le fait demeure qu’il est très risqué pour les femmes de ne pas tenir compte des susceptibilités locales en matière de tenue vestimentaire.

Les relations entre la population des îles de l’Archipel de Zanzibar et celle du continent ne sont pas excellentes. D’ailleurs les gens de Pemba et de l’île voisine ne se considèrent pas comme faisant partie de ce qu’ils appellent le Tanganyika, l’ancien nom de la Tanzanie avant qu’elle n’absorbe en 1964 l’ancien sultanat de Zanzibar avec ses deux îles.

Entre temps, une révolution marxiste avait instauré un gouvernement révolutionnaire de Zanzibar, un nom qui apparait toujours sur les documents administratifs des deux îles. Le coût humain de la révolution fut très élevé et toucha par milliers les Arabes et les Indiens. De nombreux survivants de ces deux communautés quittèrent l’ancien sultanat. Ce fut notamment le cas de la famille de Freddy Mercury né à Stone Town qui émigra en Grande-Bretagne.

J’ai fait aussi un peu de tourisme culturel et visité le musée établi dans une ancienne forteresse omanaise elle-même bâtie sur les restes d’un fortin portugais datant du début des grandes explorations européennes. Intéressant, mais très vieillot et très mal mis en valeur. Ça m’a néanmoins permis une entrée en matière et une explication de ma visite de Ras Mkumbuu, les vestiges de ce qui fut la plus vieille ville musulmane connue en Afrique.

J’ai terminé avec d’autres ruines, celles de l’ancien palais ou forteresse du terrible Mohammed bin Abdul Rahman, plus connu des locaux sous le nom de Mkame Ndume, (le trayeur d’hommes), à cause de sa cruauté et des impôts qu’il soutirait à ses sujets.



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