Tuesday, June 19, 2018

02 - Dar es-Salaam


Dar es-Salaam (« La Maison de la Paix » en arabe) est plus communément appelée « Dar » par les locaux et les habitués de cette ville. Avec près de cinq millions d’habitants, c’est la plus grande ville de Tanzanie et la capitale économique du pays, mais Dodoma, située au centre, en est la capitale politique. Dar est aussi le plus grand port de la côte de l’Afrique de l’Est et a supplanté Mombassa depuis de nombreuses années.

Je l’oublie souvent, mais la première chose qui frappe en arrivant pendant la saison sèche dans ces villes écrasées par le soleil et qui bordent des déserts ou des savanes, c’est la poussière. Dès la sortie de l’avion, elle vous enveloppe chargée d’odeurs d’épices séchées et de puanteurs d’égouts à ciel ouvert.

Arrivée sur Dar es-Salaam
J’ai obtenu un visa bon pour trois mois à mon arrivée à l’aéroport. C’est juste le temps que devrait durer ce voyage… Inch Allah. Puisqu’il est question d’Allah, Rajabu, le chauffeur de taxi qui m’attendait en tenant une pancarte avec mon nom inscrit dessus, était justement musulman et tout souriant ; pas de me voir, mais plutôt de célébrer la fin du ramadan. Toute la ville, très majoritairement musulmane comme toutes les grandes villes de la côte, était dans le même état festif et le laissait paraître bruyamment.

C’est Elaine, la propriétaire de la maison où je suis descendu pour la durée de mon séjour, qui m’avait envoyé ce taxi. Elaine est Irlandaise et, comme la majorité des Irlandaises, blonde, les yeux bleus et un visage parsemé de quelques taches de rousseur. En plus d’être Irlandaise, elle est mère de deux filles âgées de huit et dix ans et travaille pour une ONG locale. À l’origine, elle était venue pour deux ans. Mais le sort en a décidé autrement. Le sort était Zimbabwéen et beau gosse. Elle l’a épousé. Il lui a fait ces deux magnifiques petites métisses. Et puis il est parti s’établir au Cap. Mais avant de partir, et en plus des deux filles, ils ont construit ensemble cette maison de style zanzibarien. Vieille de dix ans, elle commence sérieusement à se fissurer. Le toit, en feuilles de palme, est percé en plusieurs endroits et laisse apparaître le ciel le jour et les étoiles la nuit. Je ne recommanderais pas l’endroit pendant la saison des pluies. Mais c’est le genre d’endroit où je ne me déplais nullement.

Comme la plupart des employés d’ONG, Elaine vit assez chichement dans cette grande bâtisse au confort plus que modeste, à l’ameublement plus que rudimentaire, à la déco plus qu’inexistante et à un environnement extérieur plus que désertique. Elle arrondit ces fins de mois en louant deux des chambres du bas à des touristes comme moi par l’entremise d’Airbnb. Mais la compétition sur cette plateforme de location devient de plus en plus féroce et les choix très nombreux. Situé au-delà de Kigamboni de l’autre côté du large estuaire du Msimbazi, les visiteurs se font de plus en plus rares et le beurre pour les épinards aussi.

Estuaire du Msimbazi
Elle doit tous les deux ans renouveler son permis de séjour et ne sait jamais si elle l’obtiendra de nouveau. Elle prévoit rester encore deux ans et retourner en Europe pour donner une éducation adéquate à ses filles et leur assurer un avenir plus radieux.

Le lendemain de mon arrivée tombait un dimanche. Et comme tout bon catholique, je suis donc allé à la messe. En fait, ce fut un hasard. Je savais à l’avance que la ville serait déserte, mais c’était justement l’occasion de s’y promener sans être harcelé par des vendeurs d’arnaques.

J’ai pris un mini taxi-brousse pour me rendre jusqu’à l’embarcadère et prendre un ferry pour rejoindre le centre-ville. Le voyage a failli être fortement compromis. Au moment de débarquer, le capitaine aidé par un employé m’a saisi par le bras et entrainé dans le poste de pilotage.

La photo compromettante
« No photo! No photo! » J’avais eu la malencontreuse idée de pendre une photo de la foule débarquant du ferry. J’ai bien tenté d’expliquer que je n’étais pas au courant et qu’aucun signe n’indiquait que c’était interdit, je savais d’avance que c’était inutile et j’attendais la suite. Après avoir discuté longuement en swahili avec son employé, ce dernier, qui parlait un peu anglais, m’a dit que j’allais devoir payer une amende. J’ai dit que si c’était la loi, j’avais bien l’intention de la respecter et de m’acquitter de l’amende.

Nouvelle traduction en sens inverse. Retour en anglais avec le montant du bakchich. J’ai dit que j’acceptais, et qu’il ne nous restait plus qu’à nous rendre au poste de police où je réglerais le montant en échange d’un reçu. Traduction en swahili. Regard goguenard du capitaine dans ma direction qui m’a finalement dit dans un anglais un peu hésitant : « OK ! You can go my friend ». J’avais un nouvel ami.

Quelques minutes plus tard, je suis passé devant la cathédrale Saint-Joseph au moment où la messe commençait et que la pluie se mettait à tomber. L’occasion faisant le larron, je suis donc entré me mettre à l’abri et assister à un office chrétien en terre d’islam. La messe était en anglais, et les nombreux fidèles sur leur trente-et-un. J’ai entraperçu trois ou quatre visages à la peau claire, mais l’assistance était entièrement africaine. C’est toujours très émouvant d’assister à ce genre de célébration dans des pays étrangers. La ferveur religieuse y semble plus intense et les chants plus touchants.

J’ai tellement été séduit par cette messe que j’ai décidé d’y retourner deux jours plus tard juste avant de prendre le ferry pour Zanzibar. J’avais presque deux heures à attendre et l’office, cette fois-ci en swahili, venait de commencer dans cette cathédrale située en face de l’embarcadère.

Centre-ville
La visite de la ville n’est pas particulièrement intéressante. Le modernisme des tours à bureaux côtoie quelques restes de vieilles bâtisses coloniales. Les larges avenues ont été dessinées et construites pendant la période socialiste du pays et ressemble à tout ce qui s’est beaucoup fait à l’époque dans l’hémisphère sud. Très peu de verdure. Un pont moderne, ouvert en 2016 et construit par les Chinois, enjambe l’estuaire au sud du port et permet de dégorger une partie de l’affluence de la traversée par ferry. Ne restaient que les musées pour satisfaire ma curiosité. 

Bâtiment colonial
J’ai choisi le Musée national de Dar es-Salaam malgré les critiques assez négatives dont il est l’objet sur des guides, forums et réseaux sociaux. Je n’ai pas été déçu. Évidemment, comme partout ailleurs, et plus encore dans des pays comme celui-ci, la culture est toujours le parent pauvre des investissements. Les infrastructures y sont inexistantes ou très souvent laissées à l’abandon après avoir été construites par des pays frères ou amis. C’est le cas de ce musée un peu vieillot avec plusieurs salles laissées désertes. Le musée se concentre sur l’histoire de cette partie de l’Afrique avec une section sur l’art rupestre africain que j’ai trouvé très enrichissante et fort bien présentée et dont je n’avais encore jamais vu d’exemples. 

J’allais oublier les plages. La plus proche, et une des plus réputées de Dar et de ses environs, se situe à moins d’un kilomètre de chez Elaine. J’y suis allé la veille de mon départ. Elle s’étale sur des kilomètres. C’est étrange de voir à quel point les plages se ressemblent, avec un petit bémol toutefois pour des destinations comme Maurice où des employés doivent très certainement passer l’aspirateur pendant la nuit. Pas un grand de sable ne dépasse. Ce n’est pas le cas ici. Les égouts s’y déversent et les déchets s’y accumulent.



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